première diffusion juin 2015

 

Il paraît évident que l'impact environnemental de l'organisation des Jeux Olympiques de l'ère moderne n'a cessé de croître au fur et à mesure de l'augmentation de leur ampleur, tant en nombre de participants (sportifs et personnel accompagnant), que de spectateurs (dans les stades, devant les postes de radio et de télévision, et maintenant sur internet). Il est aujourd'hui grand temps de s'interroger sur la compatibilité d'un tel événement avec l'état de la planète, dont les ressources sont sur-exploitées et dont le climat change dangereusement. L'analyse de son Bilan Carbone®, consistant à comparer l'écart entre la tenue des Jeux et leur absence sur l'ensemble des activités des personnes précitées conduit à mesurer notamment la part de la construction des infrastructures spécifiques, les déplacements engendrés, le fonctionnement des bâtiments concernés, la fabrication de matériels, la diffusion des informations et des images, la surconsommation incitée par la publicité dont ils sont le support. Sans présenter ici de diagramme factuel d'ordre de grandeur d'impact de ces postes, nous vous proposons plutôt une tribune qui pourrait s'apparenter à un plan d'action drastique consécutif à une volonté de réduire très sensiblement l'impact environnemental de l'événement, et s'opposant à la tendance générale constatée lors des dernières éditions.

 

  • Un appel pour des jeux post-modernes LC-LT-LI (Low Cost, Low Tech, Low Impact) à Paris en 2024

Concernant les événements comme les produits de consommation, il est habituel de vouloir établir le cahier des charges du nouveau en fonction des caractéristiques du précédent. Pourtant, quelques exemples actuels nous conduisent à regarder de plus près les concepts mis au point par nos anciens, conçus à une époque où l'énergie et les transports étaient chers, les matériaux locaux incontournables, la main d'oeuvre plutôt bon marché. Nul besoin à l'époque de faire un Bilan Carbone pour mettre en relief certains gaspillages modernes : les prix s'en chargeaient.

Pourquoi imbriquer des capsules dans des sur-emballages pour garantir la qualité d'un bon café ? le café moulu est en effet très bien protégé dans son grain, il suffit juste de le moudre peu avant de l'utiliser. Acheter du bon café en grain et s'équiper d'un bon broyeur, fusse-t-il électrique, n'est il pas la version moderne et environnementale des moulins à café manuels d'autrefois ?

Dans le domaine de l'habitat, après avoir déployé des décennies d'infrastructures urbaines desservants des habitats dispersés, dopés au bitume et au ciment, récemment affublé de technologies tentant de limiter le gaspillage énergétique associé, on redécouvre les vertus de l'habitat individuel mitoyen dense, construit en bonne partie avec des matériaux sobres et locaux, adossé à un petit jardin de respiration.

Aussi, pourquoi de pas faire de même avec l'aventure olympique ?

Cela tombe bien pour la candidature de Paris 2024, qui avait organisé les Jeux exactement un siècle auparavant, en 1924 !

En prenant donc pour cible l'organisation des Jeux Olympiques de 1924, par rapport à ceux de 2012, cela conduirait à réduire un peu le nombre de sports pratiqués (17 vs 26), plus significativement le nombre d'épreuves (126 vs 301), comme le nombre de sportifs engagés (3000 vs 10500), sans pour autant nécessairement s'attacher à réduire le nombre de délégations représentées si seul le niveau d'entrée des participants est pris en compte (44 vs 204). Mais surtout cela serait l'occasion de réduire l'ampleur des transports intercontinentaux de personnels suiveurs, et de supporteurs aisés, qui relève parfois d'un effet "boule de neige" qui pose question en terme d'impact environnemental collatéral.

Pas besoin non plus de grand programme de travaux. Certes les jeux de 1924 avaient entraîné aux abords de Paris la construction d'un stade, d'une piscine et d'un stade de tir (dits "olympiques"). Aujourd'hui notre niveau d'équipement est tel qu'un retour à une ampleur plus raisonnable du nombre d'épreuves et de participants suffit à éviter tout investissement majeur.

Le budget prévisionnel étant ainsi effondré d'au moins un facteur 10, nul besoin que les jeux deviennent le prétexte à la surconsommation futile de masse, via la pollution publicitaire qui a conquis peu a peu la diffusion médiatique des jeux. Les maillots en seraient complètement dépourvus, les infrastructures sportives peu affublées, et un cahier des charges draconien pourrait être instauré sur la publicité télévisuelle, tant sur sa quantité que sur la nature des produits qui seront mis en avant : pourquoi ne pas la limiter sa présence aux messages et produits vertueux pour la santé et pour l'environnement ?

Les accréditations octroyées aux personnels accompagnant seraient limitées proportionnellement au nombre de sportifs qualifiés. Afin de permettre aux très nombreux curieux et supporters de suivre l'événement, la diffusion en direct des épreuves ne serait acceptée que sur des chaînes télévisées non payantes, et le spectacle sportif serait aussi médiatisé sur des écrans géants dans des infrastructures existantes de tous les pays, pouvant créer localement des ferveurs populaires sans engendrer nécessairement de nombreux déplacements longue distance.

Le comité d'organisation gérerait un unique site internet dédié à l'événement qu'il mettra à jour en temps réel d'information sur les épreuves, les nations, les sportifs engagés et les résultats détaillés, sans stimuler directement l'usage de réseaux privés (dits "sociaux").

Bref la candidature de Paris 2024 est une formidable occasion pour amorcer un virage symbolique fort et se replonger dans l'essence même des Jeux, qui redeviendraient le support de la confraternité entre les peuples et de la performance sportive ("plus vite, plus haut, plus fort" serait complétée de "plus sain"), sans arrière pensée de récupération commerciale consumériste, ni impact environnemental aggravant davantage l'état de la planète...

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Analyse d'impacts envronnementaux