article publié sur le n°32 de l'été 2016 du 308, journal des Architectes et de l'Architecture en Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes.


Par Laurent Castaignède, ingénieur ECP climat-énergie.

Au côté de la « performance énergétique » déclinée dans les réglementations thermiques successives apparaît parfois le souhait de réduire conjointement « l’énergie grise ». Par ailleurs, la problématique du changement climatique nous a fait prendre conscience qu’il est devenu prioritaire de réduire nos émissions de gaz à effet de serre plutôt que d’économiser l’énergie de peur d’en manquer à moyen terme. Face à une réglementation thermique qui n’a toujours pas trouvé la voie d’un basculement de l’unité de base de ses calculs et de ses plafonds de « l’énergie primaire » vers « l’émission induite de gaz à effet de serre », il nous est apparu important d’apporter un éclairage sur l’impact « gris » des projets de bâtiments.

Lorsque l’on s’intéresse à l’impact environnemental de l’ensemble du cycle de vie d’un projet, c’est-à-dire à sa genèse, sa construction, son utilisation et enfin sa démolition, les approches « GES » et « énergie » ne donnent pas des résultats proportionnels. Concernant plus particulièrement la phase de construction, les sources d’écart sont essentiellement la prise en compte de l’impact du ciment et de celui du bois d’œuvre.

La fabrication amont du ciment représente à elle seule en général plusieurs dizaines de % des « émissions grises » des projets neufs. Elle est ainsi très souvent en tête de liste des sources d’impacts de la totalité du processus de construction des bâtiments, mais a cependant une importance notablement moindre en « énergie grise ». Un tel écart provient du processus amont de production du clinker par décarbonatation de la calcite, réaction chimique qui libère davantage de CO2 que la combustion énergétique associée.

De son côté, l’usage de bois d’œuvre améliore le bilan des « émissions grises » alors qu’il augmente celui de « l’énergie grise ». Ce hiatus provient de l’impact de la gestion des forêts par les sylviculteurs qui empêchent la décomposition des grands arbres morts. Ce processus de « stockage de carbone » évite en effet davantage d’émissions de CO2 que son exploitation, son transport et sa préparation réunis n’en émettent, évitement qui n’est absolument pas d’ordre « énergétique ».

Quantitativement, la valorisation des «  émissions grises  » dans la grille du Barème Carbone®, outil simplifié d’évaluation de l’empreinte carbone d’un projet (téléchargeable en ligne sur www.bco2.fr rubrique « Barème Carbone® ») montre qu’elle est un levier déterminant pour l’architecte soucieux de l’impact global de son projet : depuis l’imposition de la RT 2012, la latitude qu’il a sur la note finale par le choix des modes constructifs est en opération neuve de l’ordre du double de celle qui lui reste sur le périmètre de la Réglementation Thermique.


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Analyse d'impacts envronnementaux