Article diffusé dans l'hebdomadaire Le Moniteur le 20 novembre 2009 (version originale)

 

Face aux deux défis majeurs du XXIème siècle que sont la raréfaction des ressources énergétiques fossiles et la limitation du réchauffement climatique, le confort thermique des bâtiments est un secteur-clé avec environ 20% des émissions de gaz à effet de serre. Il convient également d'ouvrir les yeux sur deux autres sources d'émissions dont est responsable le secteur du bâtiment et représentant aussi environ 20%, à savoir la construction des ouvrages et les déplacements spécifiques des résidents.

  • Une Réglementation Thermique trop limitée

La RT et ses labels actuellement en vigueur ne se préoccupent que de la consommation de chauffage et d'une partie de celle de l'électricité, dans une logique d'énergie primaire motivant la sobriété mais non proportionnelle aux émissions de gaz à effet de serre. Ce périmètre restreint ne prend en compte que des émissions de CO2 issues de la combustion de ressources fossiles, et par conséquent ni le CO2 émis directement par certains procédés industriels, ni les autres gaz à effet de serre, ni les émissions de construction, ni les déplacements spécifiques des résidents.

  • L'application de la méthode Bilan Carbone® au logement

La méthode Bilan Carbone®, évaluation des émissions en gaz à effet de serre de l'activité d'une entreprise développée par l'ADEME, déclinée sur des logements, se révèle riche d'enseignements. En effet, son vaste périmètre de calcul permet de prendre en compte la conception de l'ouvrage (immobilisation de bâtiments, personnel d'études), la fabrication de tous les matériaux et composants de cet ouvrage, la totalité des frêts amont successifs, les moyens de mise en oeuvre sur chantier, les allers-retours domicile-travail de tous les intervenants, les émissions que les résidents engendreront pour utiliser ce logement (le chauffer, l'éclairer, se rendre sur les lieux d'activité), et enfin la démolition et le recyclage en fin de vie.

  • L'enjeu du bois dans les émissions de construction

La présence massive de bois dans la construction permet de faire chuter les émissions de construction, pourvu qu'il soit régional (ou acheminé par bateau), dans la mesure où le bois constitue un stockage de carbone qui intervient en valeur négative dans le calcul des émissions. En effet, l'enjeu du réchauffement climatique est tel que l'on peut raisonnablement projeter que détruire une maison en bois sans en reconstruire une contenant au moins autant de carbone pourrait devenir interdit, qualifiant ainsi d'éternelle la durée de stockage du carbone dans ce matériau. Dans un cas courant, les émissions d'une construction traditionnelle sont de l'ordre d'une seule décennie d'utilisation en résidence principale. La construction bois prend donc tout son sens lorsque les émissions d'utilisation sont faibles, ce qui est le cas en résidence secondaire (ou location saisonnière), ou en résidence principale très économe en énergie et très bien située.

  • L'enjeu de la localisation dans les émissions d'utilisation

En résidence principale, les émissions du confort thermique d'une maison neuve respectant la réglementation en vigueur sont en moyenne de l'ordre de celles des déplacements imposés aux résidents ; ces derniers correspondent essentiellement aux allers-retours en véhicule individuel au travail, aux établissements scolaires et aux commerces. On comprend vite que l'obtention de performance énergétique au travers de l'atteinte par exemple du label « Bâtiment Basse Consommation » rend proportionnellement majeur le poste de ces déplacements tributaires de la localisation du logement et de son aptitude à être connecté aux lieux d'activité par les transports en commun.

  • La durée d'amortissement des labels énergétiques

La durée d'amortissement signifie ici le délai au delà duquel la somme des économies annuelles d'émission dépassent les émissions de construction. Autant la durée d'amortissement du supplément d'émissions de construction associé au label BBC reste rapide, autant celle des panneaux solaires photovoltaiques fait vaciller leur pertinence ; en effet, le surplus d'électricité produit l'été a peu de valeur, alors que le déficit l'hiver correspond à des émissions de centrales thermiques. Gare aux désillusions d'objectifs énergétiques trop extrêmes.

  • Pour de nouveaux labels ?

Quel est le véritable « Bâtiment Basse Emission » ? Peut-être une résidence principale émettant peu, déplacements compris, ou une résidence secondaire en bois régional. Et un « Projet à Emission Négative » ? Une rénovation sur critère énergétique ou une construction neuve relocalisée associée à une démolition préalable, à l'issue desquelles les émissions de construction sont amorties en quelques années... La priorité est dès lors de se doter de moyens efficaces pour contrecarrer l'augmentation tendantielle de la totalité de nos émissions de gaz à effet de serre ; la méthode Bilan Carbone® peut y contribuer car elle permet de fusionner par le calcul la réalité de l'urbanisme, les efforts de construction et la sobriété énergétique.

 

Laurent Castaignède

Ingénieur de l'Ecole Centrale Paris (1993), d'abord responsable de chantiers chez Bouygues, puis des émissions de polluants et de CO2 de véhicules chez Renault, il a créé à Bordeaux BCO2 Ingénierie (www.bco2.fr), bureau d'études et de conseil spécialisé en Bilan Carbone®

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