Empreinte carbone de la Coupe du monde de football

L’édition 2026 de la Coupe du monde de football organisée en Amérique du Nord (aux États-Unis, au Mexique et au Canada) a fait beaucoup couler d’encre sur le niveau de son empreinte carbone et du record de la discipline qu’elle pourrait établir. Un territoire d’accueil aussi vaste, doublé d’un nombre record de participants (48 équipes au lieu de 32 depuis 1998) est de nature à multiplier les transports, ceux des footballeurs, de leur staff comme des spectateurs, les déplacements de ces derniers étant qualifiés de poste majeur. Qu’en est-il véritablement ?

Périmètre d’investigation

La réponse à cette question passe d’abord par l’établissement d’un périmètre d’investigation le plus complet possible, de sorte de ne laisser de côté que des postes proportionnellement négligeables. D’un point de vue temporel, l’empreinte ne se limite pas au seul mois de compétition. Le compteur commence à tourner dès le processus d’attribution de l’évènement jusqu’au démontage des installations provisoires et des dernières diffusions, en passant par les qualifications et, bien entendu, l’épreuve elle-même.

Les postes peuvent ainsi être regroupés par grands thèmes :

  • La construction des stades. Même si par le passé ce poste était négligé où minimisé sur la base d’un amortissement considérant que ces infrastructures seraient ensuite utilisées pendant des décennies, il est plus prudent de considérer la responsabilité première de l’événement et de comptabiliser la totalité des travaux des ouvrages neufs et des rénovations à partir du moment où l’événement les a provoqués.
  • Les déplacements. Comme indiqué plus haut, il s’agit à la fois des déplacements des équipes et de leur staff, mais aussi des spectateurs venus assister aux rencontres. Les trajets sont estimés depuis le domicile de chacun, avec les moyens de transports les plus probables à leur disposition.
  • Le reste de l’organisation matérielle. De nombreux postes sont ici regroupés, depuis la fabrication de supports spécifiques à la vente de boissons aux spectateurs ou de produits en boutique officielle, en passant par les consommations d’énergie des stades et les multiples préparations du comité d’organisation et des personnes qui travaillent pour lui.
  • La publicité. L’événement sert de support commercial à diverses marques qui en profitent pour mettre en avant leurs produits afin d’augmenter leur chiffre d’affaires et leurs marges. Cette communication concerne à la fois des contrats directs de sponsoring (parrainages), ou des contrats d’annonceurs qui négocient auprès de diffuseurs ayant acquis des droits de retransmission (pour certaines zones géographiques et certains types de réseau). Elle conduit, selon les secteurs, à une redistribution de parts de marché mais aussi à de la surconsommation, à du renouvellement anticipé, à l’acquisition de produits surdimensionnés, etc.
  • L’héritage touristique. Accueillir un tel événement mondialisé est aussi l’occasion pour les territoires concernés de faire la promotion de leur destination, notamment auprès de touristes internationaux aisés dont on sait qu’ils sont statistiquement les plus dépensiers. On ne parle pas ici des touristes venant assister aux matchs, mais de futurs touristes supplémentaires susceptibles de se rendre sur les lieux dans la décennie qui vient, attirés la tenue antérieure de l’événement.

Les dernières Coupes du monde ont souvent fait l’objet d’une communication officielle de leur propre évaluation carbone qu’il convient de considérer avec une certaine méfiance. En effet, outre une minimisation volontaire de l’empreinte des constructions de nouveaux stades, certaines publications ne considéraient les déplacements des spectateurs étrangers qu’à l’intérieur des frontières du pays d’accueil. De plus, et c’est le plus dérangeant, aucune évaluation du poste marketing n’a jusqu’ici été communiquée, alors même que les recettes de sponsoring et des droits de retransmission dépassent désormais largement celles de la billetterie…

Une fois les évaluations officielles corrigées et complétées, voici à quoi ressemble l’empreinte carbone de la Coupe du monde depuis un quart de siècle :

4c empreinte ges estimée des cdm de football (lc3)

Principaux enseignements

On constate une nette progression, chaque événement battant le record du précédent. En vingt ans, l’empreinte totale de l’événement a plus que doublé. La tendance est par là même totalement opposée à l’annonce de la FIFA (en 2021) d’une cible de neutralité (par paliers et d’ici 2040)… Et alors qu’en 2002 les grandes catégories de postes étaient assez équilibrées, les dernières éditions montrent la prédominance du poste marketing porté par le sponsoring et les droits de retransmission.

L’édition 2026, dont l’évaluation demeure estimative à ce stade, cumule des extrêmes. Le poste Organisation est faible du fait de l’absence de construction de nouveau stade. En général, entre 5 et 10 stades étaient jusqu’ici spécifiquement construits pour accueillir l’événement (et même 18 sur 20 en 2002 !). Le poste Déplacements, essentiellement porté par celui des spectateurs, est effectivement en forte hausse par rapport à celui des éditions précédentes. Mais le poste sponsoring (avec près de 3 milliards de dollars de recettes de parrainages) et celui des droits de retransmission (environ 4 milliards) le dépassera probablement, l’ensemble établissant certainement un nouveau record à environ 15 millions de tCO2e.

Ramenés aux cinq semaines et demi de compétition, ces émissions correspondent à celles, sur la période, d’un peu plus de l’ensemble de la population de l’Ile de France ou de celle de la Belgique.

Vers un nouveau record toutes catégories ?

Restera à déterminer si l’édition 2026 de la Coupe du monde de football est, en 2026, l’événement sportif le plus carboné jamais organisé, devant les JO de Paris 2024 (lui aussi, contrairement aux idées reçues, largement affecté par le marketing), le championnat du monde de Formule 1 (dont les écuries sont essentiellement commerciales) et les championnats des ligues majeures américaines (aux énormes montants de droits de retransmission).

Pour plus de détails sur les comparaisons d’empreinte entre grands événements sportifs et l’évaluation concrète et estimative du poste marketing, se référer à l’essai Le revers de la médaille, l’empreinte environnementale du sport (Ecosociété, 2026).

<     Dossiers